Les espèces exotiques envahissantes

Depuis que l'homme voyage, il transporte volontairement ou non dans ses bagages tout un cortège d'animaux et de plantes qui ont ainsi l'occasion de s'implanter sur de nouveaux territoires : rats, chats et lapins ont ainsi colonisé le monde entier. La plupart des espèces introduites dans un nouvel environnement n'y sont pas adaptées : elles ne peuvent pas y survivre et disparaissent plus ou moins rapidement. Mais il en est quelques unes qui trouvent des conditions qui leur conviennent, sans prédateurs ni compétiteurs, et qui y prolifèrent. Que ces espèces aient été volontairement ou accidentellement introduites, elles ont souvent au cours de leur expansion un impact écologique et économique négatif. Ces introductions constituent un des principaux mécanismes de disparition d'espèces et de déstabilisation des écosystèmes. 

Les îles sont particulièrement touchées par ce phénomène, et en conséquence la France en raison de ses collectivités d'outre-mer.
Lorsqu'elles sont éloignées des continents, une faune et une flore particulière s'y sont développées lentement, au gré des colonisations naturelles et de l'évolution des espèces qui se sont adaptées à leur nouvel environnement. 
L'introduction et l'installation d'espèces nouvelles sont des phénomènes anciens. Ils ont pris néanmoins une ampleur croissante du fait de la forte augmentation des introductions d'origine humaine, volontaires ou accidentelles, facilité par la multiplicité des voies de communication et l'intensification des échanges. 

C'est ainsi que sont apparues de nombreuses espèces endémiques sur les îles, espèces qui ne vivent nulle part ailleurs sur Terre. De nombreuses îles n'ayant pas à l'origine de grands prédateurs terrestres, les espèces indigènes ont perdu leurs capacité à se défendre : par exemple, plus d'aptitude au vol chez de nombreuses espèces d'oiseaux insulaires et même absence de comportement de fuite face à un danger. De même, les plantes ayant évoluées en l'absence de mammifères herbivores ne possèdent pas les protections telles qu'épines ou mauvais goût que l'on trouve chez les plantes continentales. Lorsque l'homme est arrivé avec son cortège de prédateurs ou d'herbivores nouveaux (rats, chats, cochons, chèvres ou moustique), l'impact a souvent été désastreux : les prédateurs introduits sont responsables d'environ la moitié des extinctions d'oiseaux insulaires.
Pour ces raisons, les faunes et flores insulaires représentent environ les trois quarts des extinctions recensées depuis quatre siècles, avec quelques exemples marquants d'extinction tels que le dodo de l'île Maurice, les escargots arboricoles de Polynésie française et les oiseaux forestiers de l'île de Guam. 

Le processus d'extinction de faunes et de flores "naïves" suite aux introductions se rapproche des ravages provoqués par les maladies répandues par les Européens, telles que la variole et la syphilis, qui ont décliné les Amérindiens et autres peuples indigènes dépourvus des défenses immunitaires appropriées. Rats, chats et oiseaux sont les acteurs les plus célèbres de ces extinctions mais reptiles, poissons, mollusques, algues ou méduses peuvent jouer le rôle d'envahisseur, et donc de prédateurs ou de compétiteurs féroces. Les poissons introduits dans des lacs ont eu un impact désastreux sur les espèces indigènes. Enfin, les introductions ont parfois un impact économique démesuré : le phylloxéra, minuscule puceron jaune introduit d'Amérique, a détruit la quasi-totalité du vignoble français au XIXème siècle et entraîné la ruine de très nombreux petits viticulteurs. Des millions de dollars sont dépensés actuellement pour lutter contre la moule zébrée ou la jacinthe d'eau aux États-Unis. 

Actuellement, c'est un facteur de perte de biodiversité reconnu.