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Folder Les vingt Objectifs de la Stratégie Nationale pour la Biodiversité

SUSCITER L'ENVIE D'AGIR POUR LA BIODIVERSITE

Objectif 1 : Faire émerger, enrichir et partager une culture de la nature

L’objectif est de faire en sorte que la biodiversité soit reconnue par les individus et la société. Cela implique de faire émerger, d’enrichir et de partager dans la société une culture de la nature. Celle-ci se construit à partir de la biodiversité planétaire et locale et de la diversité des perceptions et des usages et peut revêtir des formes diverses : usages locaux, connaissances naturalistes, expériences vécues, éducation reçue, alimentation, attraits personnels… Elle permet la prise de conscience du rôle majeur du monde vivant comme source de bienfaits matériels et immatériels pour l’humanité et donc d’en apprécier toute la valeur. Elle n’est pas purement rationnelle,elle est aussi émotionnelle, sensorielle,donc multiforme.C’est pourquoi elle doit être diffusée de façon large et volontariste par tous ceux qui sont impliqués dans la transmission de la culture : éducation scolaire, éducation familiale, sorties nature et animations pour les jeunes, médias, monde artistique et du divertissement…Elle doit être porteuse d’espoir et de valeurs positives et mobilisatrices pour devenir une réalité à l’échelle de toute la société.

Objectif 2 : Renforcer la mobilisation des initiatives citoyennes

Les citoyens sont des acteurs à partentière du devenir de la biodiversité par leurs pratiques et leurs choix quotidiens (consommation, logement, déplacements, modes de vie). Il importe de capitaliser et de valoriser les initiatives citoyennes favorables à la biodiversité et de construire sur ces bases des modèles d’action transmissibles. Les médias et les réseaux sociaux ont un grand rôle à jouer dans la connaissance et l’appropriation de ces initiatives citoyennes.Ces pratiques concernent chaque citoyen mais aussi les institutions, les professionnels de la biodiversité, les  associations, les entreprises, les élus, etc.
Pour réussir cette mobilisation, il est important de favoriser l’engagement des citoyens, par exemple à travers les sciences participatives, le service civique biodiversité ou l’écovolontariat, de le valoriser et de le reconnaître. Il importe également d’associer les citoyens à la réflexion collective et à la prise de décisions dans le cadre de consultations et de participations citoyennes, aux niveaux national et territorial, renforçant ainsi l’expertise au sein de la société. Un dispositif qui permet aux citoyens de s’engager est à concevoir.

Objectif 3 : Faire de la biodiversité un enjeu positif pour les décideurs.

La biodiversité doit être perçue et gérée par les décideurs publics et privés comme un atout politique fort,au même titre que la santé publique ou le développement économique. Il importe donc qu’ils intègrent l’importance de leurs décisions pour l’intérêt commun, qu’ils en soient garants ou bien qu’ils y contribuent,afin de prendre en compte les enjeux de préservation de la biodiversité dans l’ensemble de leurs actions, le plus en amont possible. Ceci peut être fait notamment en privilégiant la logique de la prévention par rapport à celle de la compensation et de la réparation et en s’appuyant, par exemple, sur des données factuelles issues des études TEEB sur l’économie de la biodiversité et des services écosystémiques et du MEA sur l’évaluation des écosystèmes pour le millénaire. Dans ce sens, il apparaît également nécessaire d’assurer une valorisation et une reconnaissance des actions réalisées par les collectivités au bénéfice de la préservation et de la restauration de la biodiversité. Aider les décideurs à comprendre les bénéfices sanitaires, économiques, sociaux et même politiques d’une gestion intégrant la prise en compte de la biodiversité comme réponse à des préoccupations quotidiennes leur permettra de résoudre les conflits d’usage possibles et de mesurer le coût de l'inaction.

PRESERVER LE VIVANT ET SA CAPACITE A EVOLUER

Objectif 4 : Préserver les espèces et leur diversité

La présence concomitante de nombreuses espèces vivantes dans les milieux naturels est une des clés de l’expression ou de l’expansion de la vie sur Terre. Un des objectifs de la stratégie est donc de suivre et de maintenir la diversité des espèces, en consacrant un effort plus particulier aux espèces dont la survie est menacée à court ou moyen terme. Pour ces espèces, une amélioration de l’état de  conservation est recherchée à travers la mise en place de plans d’action. Il convient également de préserver les espèces qui, sans être en danger d’extinction, jouent un rôle dans le fonctionnement des écosystèmes. Certaines d’entre elles, dont les effectifs ont fortement diminué, pourront faire l’objet de renforcements de population et de mesures pour stopper leur déclin. Lorsque toutes les conditions nécessaires sont réunies, la réintroduction de spécimens d’espèces qui avaient disparu d’une région donnée peut également être réalisée. Pour être durable*, la préservation des espèces doit s’accompagner du maintien de la diversité des individus qui la composent, ce qui implique en particulier de veiller à conserver un effectif suffisant. Au sein de cette diversité, la conservation de la diversité génétique (animale, végétale, microbienne) domestique et sauvage est un objectif majeur. Outre sa contribution générale au fonctionnement de la biosphère, la diversité génétique constitue une ressource en vue de l’adaptation au changement climatique, la base de nombreux développements économiques, un vivier pour la recherche notamment médicale... Le renforcement de sa conservation in situ et ex situ et sa
gestion sont nécessaires.

durable*:qui peut perdurer dans le temps . Le développement durable répond  aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs.

Objectif 5 : Construire une infrastructure écologique incluant un réseau cohérent d’espaces protégés 

La résilience et la fonctionnalité des écosystèmes doivent être maintenues voire renforcées afin de préserver les processus évolutifs nécessaires à leur adaptation et au maintien de la biodiversité. Par ailleurs, dans un contexte de changements planétaires, les espèces doivent pouvoir se déplacer afin de trouver les meilleures conditions environnementales pour vivre. La définition, la préservation et la remise en bon état de la Trame verte et bleue* (TVB) sont prioritaires, tout en étant vigilant quant à son impact sur les déplacements des espèces exotiques envahissantes et des vecteurs de maladies. La TVB, qui comprend à la fois des réservoirs de biodiversité et des éléments assurant la connectivité de l’ensemble, doit être pensée de manière cohérente à toutes les échelles territoriales. Par ailleurs, il est nécessaire d’inscrire cette infrastructure écologique* dans son environnement régional, en particulier en outre-mer mais aussi en Europe. Les continuités écologiques prennent notamment appui sur la biodiversité qualifiée d’ordinaire. Elles ont aussi leur place en milieu urbain,où la Trame verte et bleue pourrait être créée ou renforcée. Éléments essentiels de cette infrastructure, les aires protégées sont l’un des outils importants de conservation de la biodiversité tant au niveau national, européen  ou  international.Les espaces protégés doivent donc être en nombre suffisant, représentatifs des différents milieux et efficacement  gérés. Le réseau d’aires protégées est appelé à jouer un rôle majeur dans la réponse aux défis environnementaux globaux et notamment les effets du changement climatique. Il participe à la résilience des écosystèmes pour atténuer les impacts et maintenir la qualité des services rendus par les écosystèmes. Aussi, la construction d’un réseau d’espaces protégés terrestres et marins, en métropole comme en outremer, dans une démarche de cohérence et de solidarité écologiques, est une composante essentielle pour la mise en place d’une infrastructure écologique nationale.

Trame verte et bleue*:Démarche structurante qui consiste à inscrire la préservation et la restauration des continuités écologiques dans les décisions d'aménagement du territoire.Elle inclut une composante  verte qui fait référence aux milieux naturels  et semi naturels  terrestres et une composante bleue  qui fait référence au réseau aquatique et humide.

Objectif 6 : Préserver et restaurer les écosystèmes et leur fonctionnement

Les activités humaines ont dégradé certains éléments de biodiversité, pour lesquels des efforts de restauration sont nécessaires. La préservation des écosystèmes terrestres et marins et la restauration de ceux qui sont pollués, fragmentés ou perturbés doivent être une priorité. Cette dégradation des écosystèmes et des habitats naturels et semi-naturels qui les composent constitue un facteur majeur de l’érosion de la biodiversité. À l’inverse, une politique d’amélioration des habitats constitue une option efficace pour assurer le  fonctionnement des écosystèmes. Ce fonctionnement est essentiel car il conditionne la production de nombreux services utiles à l’homme : régulation du climat, épuration des eaux usées, pollinisation… Préserver et restaurer les écosystèmes passent par des engagements quantitatifs et qualitatifs. Il s’agit de se donner l’ambition de préserver les écosystèmes en quantité, c’est-à-dire en superficie, et en qualité, c'est à dire en veillant à leur fonctionnalité , en particulier  en réduisant leur fragmentation  car celle-ci diminue considérablement leur capacié à s'adapter  et à fournir des services . il faut également développer et promouvoir l'ingiénérie écologique qui utilise, en les respectant, des fonctions des écosystèmes.

INVESTIR DANS UN BIEN COMMUN,LE CAPITAL ECOLOGIQUE

Objectif 7 : Inclure la préservation de la biodiversité dans la décision économique.

La biodiversité et les ressources naturelles sont affectées par le mode de croissance économique actuel alors qu’elles en sont en partie le support. En effet, les entreprises, et plus largement l’ensemble des activités économiques, jouent un rôle majeur vis-à-vis de la biodiversité, que ce soit par les impacts (négatifs et parfois positifs) de leurs activités sur les espèces et les milieux naturels ou par les bénéfices qu’elles tirent des services fournis par la biodiversité. Ces coûts et bénéfices ne sont que très partiellement pris en compte dans les
décisions économiques. Mieux intégrer la biodiversité dans la sphère économique est nécessaire pour concilier les intérêts publics et privés, assurer la prise en compte des temps longs, sensibiliser les entreprises à leur dépendance vis-à-vis de la biodiversité et inciter les acteurs économiques à investir dans le capital écologique et à participer de ce fait au développement du bien commun. Pour réussir cette intégration, il convient au préalable de réduire, puis supprimer, les incitations néfastes à la biodiversité, de réformer la fiscalité, de développer de nouvelles incitations positives, d’intégrer les impacts sur la biodiversité dans l’affichage environnemental ou encore de développer et mieux appliquer le principe pollueurpayeur. En particulier, les subventions publiques doivent être réorientées dans plusieurs domaines pour éviter de contribuer à l’érosion de la biodiversité, et faire l’objet de mesures de « bioconditionnalité ».

Objectif 8 : Développer les innovations par et pour la biodiversité

L’innovation doit être accrue dans le champ de la valorisation de la biodiversité comme source de nouvelles technologies et support d’activités durables. Par ailleurs, il importe d’accroître la prise en compte de la biodiversité dans tous les domaines où l’innovation
peut s’exprimer, que ce soit en termes d’impacts directs ou indirects ou de partage équitable des ressources de la biosphère. Un domaine inédit de recherches et de pratiques, par exemple en génie écologique, mérite d’être favorisé et structuré en ce sens. Le transfert de connaissances vers des structures porteuses d’innovations (entreprises, collectivités, associations, divers pôles d’excellence, etc.) doit être assuré en s’inspirant des pratiques internationales les plus performantes. Ceci permet de favoriser le développement de nouveaux projetsaptes à concilier le développement économique et social avec le respect de l’environnement et de la biodiversité.La SNB offre un cadre permettant le développement prioritaire de concepts et projets nouveaux, quelle que soit leur origine, portant en particulier sur les valeurs ajoutées ultramarines et sur les méthodes de valorisation novatrices.

Objectif 9 : Développer et pérenniser les moyens financiers et humains en faveur de la biodiversité

  La préservation, la restauration et le développement du capital écologique constituent une grande politique nationale qui doit se développer de manière cohérente et s’inscrire sur le long terme. À ce titre, elle se doit de disposer de ressources financières, humaines et techniques accrues permettant de soutenir, d’une part, les actions sur l’ensemble du territoire national et, d’autre part, les engagements internationaux qu’a pris notre pays, en particulier à Nagoya lors de la dixième Conférence des parties à la CDB : augmentation de
l’aide publique au développement consacrée à la biodiversité. Pour répondre aux enjeux, l’effort financier devra être largement accru, en premier lieu de la part des acteurs publics (État, collectivités territoriales) mais aussi du secteur privé (budget biodiversité des entreprises,
mécénat environnemental…) pour investir dans la préservation de la biodiversité. Les exemples des grandes politiques environnementales comme celles de l’eau, des déchets et des économies d’énergie montrent l’intérêt et l’efficacité de la mise en place de ressources identifiées, gérées dans le cadre d’une programmation pluriannuelle, définie en associant toutes les parties prenantes. Outre la mise en cohérence des actions, de telles ressources permettent des effets de synergie avec les initiatives que prendront divers opérateurs
publics et privés pour préserver et développer le capital écologique. Il convient donc de mettre en place un tel dispositif pour la biodiversité. Un nombre croissant de professionnels travaille à la protection de la biodiversité dans tous les secteurs d’activité et dans des
structures multiples : entreprises, chercheurs, enseignants, associations, gestionnaires d’espaces protégés, collectivités, organismes d’insertion sociale et professionnelle, etc. Des études récentes, conduites dans le cadre du plan relatif aux emplois et métiers de l’économie verte, identifient une quarantaine de métiers différents et plus de 30 000 emplois. Des efforts importants doivent être consentis pour renforcer les capacités des professionnels en poste (formation, outils, méthodes…) et développer ces filières professionnelles.

Objectif 10 : Faire de la biodiversité un moteur de coopération régionale en outre-mer

Du fait de leur insularité, ou bien de son positionnement géographique en ce qui concerne la Guyane, les collectivités d’outremer sont structurellement très dépendantes d’importations (énergie, produits agroalimentaires, matériels…) qui engendrent un coût de la vie élevé et une forte empreinte carbone. Les collectivités d’outre-mer sont désormais engagées dans un objectif de développement davantage appuyé sur leurs propres potentiels. C’est l’objectif de « développement endogène » défini par le Conseil interministériel de l’outre-mer
(CIOM) du 6 novembre 2009. La mise en valeur des ressources naturelles représente un atout essentiel pour le développement économique endogène des collectivités d’outre-mer. D’une part, la biodiversité est une source d’innovation et de recherche, donc de développement
d’entreprises spécialisées dans la recherche-développement et la commercialisation de produits liés à la biodiversité. D’autre part, la préservation et la valorisation des atouts écologiques de l’outre-mer sont une source de développement du tourisme (notamment de l’écotourisme), les impacts de celui ci devant en retour être réduits au maximum. Enfin, la préservation et la valorisation de la biodiversité sont un axe de coopération régionale* pour les collectivités d’outre-mer avec les pays voisins. Il s’agit de renforcer la coopération et la
coordination des actions que ce soit entre collectivités d’outre-mer, entre elles et les pays avoisinants ou entre elles et le reste de l’Europe. Il y a ainsi matière à intensifier les échanges d’expériences et de savoir-faire dans le cadre de la coopération régionale par grande zone géographique (Caraïbes, océan Indien, Pacifique, Amérique du sud). En outre, les îles développent des stratégies et des modèles originaux qui pourraient avantageusement être partagés voire transposés à des situations continentales : adaptation aux changements climatiques et réduction des pressions anthropiques, conservation et gestion intégrée et durable de la biodiversité dont les écosystèmes exploités…

ASSURER UN USAGE DURABLE ET EQUITABLE DE LA BIODIVERSITE

Objectif 11 : Maîtriser les pressions sur la biodiversité

Du fait de leur insularité, ou bien de son positionnement géographique en ce qui concerne la Guyane, les collectivités d’outremer sont structurellement très dépendantes d’importations (énergie, produits agroalimentaires, matériels…) qui engendrent un coût de la vie élevé et une forte empreinte carbone. Les collectivités d’outre-mer sont désormais engagées dans un objectif de développement davantage appuyé sur leurs propres potentiels. C’est l’objectif de « développement endogène » défini par le Conseil interministériel de l’outre-mer (CIOM) du 6 novembre 2009. La mise en valeur des ressources naturelles représente un atout essentiel pour le développement économique endogène des collectivités d’outre-mer. D’une part, la biodiversité est une source d’innovation et de recherche, donc de développement d’entreprises spécialisées dans la recherche-développement et la commercialisation de produits liés à la biodiversité. D’autre part, la préservation et la valorisation des atouts écologiques de l’outre-mer sont une source de développement du tourisme (notamment de l’écotourisme), les impacts de celuici devant en retour être réduits au maximum. Enfin, la préservation et la valorisation de la biodiversité sont un axe de coopération régionale* pour les collectivités d’outre-mer avec les pays voisins. Il s’agit de renforcer la coopération et la
coordination des actions que ce soit entre collectivités d’outre-mer,entre elles et les pays avoisinants ou entre elles et le reste de l’Europe. Il y a ainsi matière à intensifier les échanges d’expériences et de savoir-faire dans le cadre de la coopération régionale par grande zone géographique (Caraïbes, océan Indien, Pacifique, Amérique du sud).En outre, les îles développent des stratégies et des modèles originaux qui pourraient avantageusement être partagés voire transposés à des situations continentales : adaptation aux changements climatiques et réduction des pressions anthropiques, conservation et gestion intégrée et durable de la biodiversité dont les écosystèmes exploités…

Objectif 12 : Garantir la durabilité de l’utilisation des ressources biologiques

Pour ce qui concerne les usages et usagers des ressources naturelles vivantes, en particulier la pêche, l’agriculture et l’exploitation forestière, il s’agit de promouvoir un usage et une gestion durable de ces ressources, intégrant la biodiversité. Les efforts doivent porter sur toutes les dimensions de cette utilisation : mieux connaître le taux de renouvellement de ces ressources et les effets de leur exploitation, développer des modes de production et de prélèvement respectueux de l’environnement (notions de gestion écologique et d’approche par écosystème), sensibiliser les consommateurs aux effets positifs ou négatifs de leurs comportements sur la biodiversité, lutter contre le gaspillage et mieux valoriser les déchets. Les actions doivent être conduites à tous les niveaux : initiatives locales, politiques nationales (par exemple à travers les mesures agroenvironnementales) et européennes (en particulier la PAC, la PCP), coopération internationale, notamment pour promouvoir des filières durables et renforcer des importations de produits certifiés.

Objectif 13 : Partager de façon équitable les avantages issus de l’utilisation de la biodiversité à toutes les échelles

L’objectif est de valoriser, renforcer et partager de façon équitable* les avantages tirés pour tous de la diversité biologique et des services rendus par les écosystèmes. Certains services sont en effet utilisés localement mais beaucoup bénéficient à un collectif plus important,
voire à l’ensemble de l’humanité (comme la fixation du carbone). D’autres enfin, comme la bioprospection, intéressent des acteurs différents de ceux qui vivent dans ces écosystèmes. Il s’agit donc d’assurer un retour juste et équitable entre les bénéficiaires de ces services et ceux qui ont contribué ou contribuent à les maintenir (par exemple par la mise en place en France d’un régime juridique d’accès aux ressources génétiques). Cette solidarité écologique* doit se mettre en place à différentes échelles : entre villes et zones rurales, entre
communes engagées dans la préservation du patrimoine naturel local et communes voisines qui en bénéficient, entre régions au sein d’un pays (notamment, pour notre pays, entre la métropole et l’outremer), entre États enfin, la France étant particulièrement concernée du fait de son double rôle de fournisseur et d’utilisateur de ces services.

Solidarité écologique*:Étroite interdépendance des êtres vivants, entre eux et avec les milieux naturels ou  aménagés de deux espaces géographiques contigus ou non (R. Mathevet, rapport CNRS). Elle désigne à la fois
la « communauté de destin » entre les hommes et leur environnement et la volonté d’influencer de manière positive les différentes composantes de cette communauté.

ASSURER LA COHERENCE DES POLITIQUES ET L'EFFICACITE DE L'ACTION

Objectif 14 : Garantir la cohérence entre les politiques publiques, aux différentes échelles

Certaines politiques publiques contribuent à accroître les pressions sur la biodiversité, comme la fragmentation des habitats, la surexploitation, la propagation des espèces exotiques envahissantes ou les pollutions. Souvent, une partie de ces atteintes peut être réduite sans modifier les objectifs de ces politiques publiques, mais de nouveaux arbitrages sont aussi à rendre, à la lumière de notre connaissance des enjeux. Le renforcement de la cohérence est à mener à toutes les échelles de territoire (y compris dans les domaines littoral et marin) : ainsi, par exemple, doit-on s’en assurer entre les différents documents de planification et d’urbanisme (stratégies, schémas, plans) existants au niveau territorial. De plus, une bonne articulation est nécessaire entre les différentes échelles d’organisation, du local à l’international, en particulier dans le contexte de la territorialisation de la SNB et de l’élaboration ou de la révision en cours des stratégies régionales et locales pour la biodiversité. Cette cohérence passe notamment par un partage des bonnes pratiques, une véritable évaluation environnementale qui prend en compte la biodiversité et des instruments économiques performants. Chacun à son niveau de responsabilité et de subsidiarité doit s’engager sur ces principes de façon claire et ambitieuse

Objectif 15 : Assurer l’efficacité écologique des politiques et projets publics et privés

L’objectif est d’assurer la généralisation de méthodes et d’outils permettant, dans tous les secteurs, de faire les meilleurs choix en matière de prise en compte de la biodiversité. Comment assurer que les ressources naturelles biologiques soient utilisées avec efficience ? Comment garantir que les choix techniques faits par les pouvoirs publics, les entreprises et les individus soient efficaces sur le plan économique, mais assurent également le renouvellement des ressources utilisées et la pérennité du fonctionnement des écosystèmes qui les fournissent ? De nouvelles méthodes et des expérimentations sont nécessaires à tous les niveaux, comme la mise au point d’analyses de cycle de vie intégrant la biodiversité, afin de s’assurer que le développement de la société française se réalise sur la base d’évaluations environnementales rigoureuses et d’arbitrages cohérents rendus par tous les acteurs économiques, du producteur au consommateur. La quantité de bois, de produits agricoles ou de fibres d’origine durable nécessaires pour assurer la production d’une entreprise peut être optimisée en fonction de l’impact de la production de ces ressources sur la biodiversité ; ainsi, par exemple, son affichage informerait et responsabiliserait le consommateur. La densification urbaine, l’évitement des zones les plus cruciales pour la diversité biologique, le respect des fonctions et des continuités écologiques permettent d’améliorer l’efficacité écologique* de l’utilisation de l’espace dans les territoires.


L’efficacité écologique*: Capacité pour un projet à minimiser son impact négatif sur la biodiversité et à maximiser les impacts positifs (tout comme l’efficacité économique concerne la recherche d’une rentabilité maximale du capital économique).

Objectif 16 : Développer la solidarité nationale et internationale entre les territoires

Les mécanismes de fonctionnement et d’échange à l’oeuvre dans les écosystèmes ne connaissent ni les limites administratives, ni les frontières entre États. L’interdépendance écologique des territoires est un fait, la solidarité écologique* sa prise en compte volontaire. Ainsi, les polluants déversés dans un cours d’eau ont un impact sur le milieu littoral et il appartient bien aux activités à l’origine de ces dégâts de les réparer et de réduire leur impact, alors même qu’une distance importante les en sépare. De même, si une agglomération bénéficie de la limitation des crues due à la présence en amont d’une importante zone rurale et veut éviter l’urbanisation de cette zone, il est légitime d’envisager une contrepartie. Sur le plan national, les outils permettant d’organiser ces formes de solidarité sont développés dans le domaine de l’eau, mais restent pour l’essentiel à imaginer en matière de biodiversité. Pour répondre aux enjeux de préservation de la biodiversité mondiale, la solidarité internationale doit être renforcée en assurant une intégration plus forte de la biodiversité dans la politique d’aide au développement de la France, en rendant possible et en soutenant l’action des collectivités territoriales, des structures de recherche, des associations ou des entreprises en  faveur de la biodiversité mondiale, en complétant la panoplie d’outils, de méthodes, d’approches et de moyens – notamment innovants – pour l’intervention française.

Objectif 17 : Renforcer la diplomatie environnementale et la gouvernance dans le domaine de la biodiversité

L’action internationale est une dimension de la plupart des objectifs de la stratégie nationale pour la biodiversité. Le renforcement de la diplomatie environnementale et de la gouvernance en matière de biodiversité est un objectif à part entière car il s’adresse à l’ensemble
des acteurs présents à l’international. Il répond à la nécessité de renforcer la cohérence environnementale de l’action extérieure de la France, de trouver les moyens d’améliorer l’efficacité de l’action en faveur de la biodiversité, notamment en agissant sur les politiques
sectorielles conduites par la France à l’étranger telles que les politiques commerciale, agricole, forestière, éducative, culturelle, etc. Il suppose de mobiliser tous les acteurs, publics et privés. Il s’agit donc, à travers l’implication  de l’ensemble des partenaires concernés – missions officielles, collectivités territoriales, entreprises, associations et structures de recherche –, chacun à son niveau de négociation et/ou de mise en oeuvre, de viser, d’une part, à renforcer la cohérence et l’efficacité de l’action des différentes conventions en matière
de biodiversité, leur articulation et complémentarité et, d’autre part, à davantage et mieux intégrer les problématiques de biodiversité dans les enceintes qui les mettent en jeu ou en traitent indirectement. Plus largement, la diplomatie doit contribuer à l’amélioration
de la gouvernance internationale pour l’environnement : IPBES, Organisation mondiale pour l’environnement (OME), préservation de la biodiversité en haute mernotamment. Enfin, il est nécessaire de renforcer les capacités d’action internationale des acteurs non gouvernementaux (associations, entreprises, collectivités), de consulter les parties prenantes dans le cadre des conférences internationales et de susciter un dialogue plus régulier entre acteurs.

DEVELOPPER ET VALORISER LES CONNAISSANCES

Objectif 18 : Développer la recherche, organiser et pérenniser la production, l’analyse, le partage et la diffusion des connaissances

Pour appréhender les capacités de réponse de la biodiversité aux changements planétaires* et locaux, il est nécessaire d’approfondir les connaissances qui sont aujourd’hui encore très lacunaires. Ces dernières doivent porter sur l’état de la biodiversité et les mécanismes impliqués dans sa dynamique, sa résilience et son renouvellement, dont l’adaptation, ainsi que sur les activités humaines qui interagissent avec elle. Les connaissances disponibles sont encore insuffisantes, souvent dispersées et peu accessibles aux nombreux acteurs : structures de recherche, associations, entreprises, collectivités, etc. Un effort de recherche destiné à compenser ces lacunes de connaissances est indispensable. De nouveaux questionnements correspondant à des enjeux de société majeurs conduisent à repenser la
manière dont les connaissances sont produites. Il est nécessaire de promouvoir les synergies pluridisciplinaires et multi-acteurs afin de faciliter les questionnements réciproques et la co-construction*des réponses entre sciences et société (par exemple, en réalisant des prospectives basées sur des scénarios pour construire les stratégies de recherche). Le suivi et la gestion des connaissances s’appuient sur une coordination renforcée des diverses sources et un accès facilité aux données produites (notamment grâce à la coordination des systèmes d’observation), le développement de moyens adaptés d’expérimentation (sites d’étude permanents), d’analyse et de méta-analyse dans un cadre pluridisciplinaire (des sciences naturelles jusqu’aux sciences humaines et sociales, en passant, entre autres,
par la chimie et les mathématiques).

Co-construction*:Processus d’élaboration conjointe par l’ensemble des parties prenantes d’une décision,procédant aux concertations et consultations jugées utiles par ces parties prenantes ; l’autorité resteresponsable de l’arbitrage des points ne faisant pas consensus.

Objectif 19 : Améliorer l’expertise afin de renforcer la capacité à anticiper et à agir en s’appuyant sur
toutes les connaissances

La mobilisation pérenne et la mise en oeuvre d’une expertise* collective, plurielle et indépendante, en vue de prises de décisions mieux instruites, doivent être fortement soutenues par la SNB. Cette expertise collective a sa place à toutes les échelles, que ce soit pour
répondre aux grandes questions de société sur la biodiversité aux échelles nationale et internationale ou pour trouver des solutions innovantes à des problèmes concrets sur le terrain. Elle est complémentaire à la mobilisation d’une expertise mise en oeuvre par des organismes professionnels (en général codifiée par des normes) ou des experts à titre individuel. Il s’agit là d’un enjeu stratégique majeur pour tous les porteurs de connaissances, notamment ceux de la recherche. Cette communauté doit en effet mobiliser fortement sa capacité d’expertise, et s’organiser dans la perspective d’une structuration européenne et internationale dans le cadre de l’IPBES. Il s’agit ici de créer des conditions innovantes et optimales pour un meilleur dialogue science-société et un rapprochement de la recherche, de l’expertise et de l’action pour éclairer au mieux la décision et appuyer les mesures de gestion de la biodiversité. Compte tenu des enjeux liés à l’expertise, et afin de favoriser la mobilisation des chercheurs, cette activité doit être explicitement prise en compte dans l’évaluation de la recherche

Expertise*: Aide à une décision, à partir de faits techniques ou scientifiques, dans des affaires où le décideur se confronte à des questions hors de sa portée.

Objectif 20 : Développer et organiser la prise en compte des enjeux de biodiversité dans toutes les formations

Le terme biodiversité ne doit pas rester un mot purement scientifique ou politique mais s’incarner dans une vision du vivant constitutive du socle culturel de la nation. Cette culture provient en grande partie de l’éducation et de la formation qui doivent intégrer la biodiversité avec des niveaux de précision adaptés et ceci dans tous les cursus : formation initiale (générale, supérieure, professionnelle) où ce processus est intégré au niveau des programmes d’enseignement de l’école primaire, du collège et du lycée (général, technologique et professionnel)ou formation continue. Former tous les acteurs – décideurs politiques, responsables économiques et sociaux, simples citoyens – et renforcer le socle de connaissances de base sur la biodiversité sont les meilleurs garants d’une prise en compte généralisée dans la populationdes enjeux qui concernent toute l’humanité. En conséquence, les spécialistes de la communication, du droit ou des sciences politiques seront à même de mieux intégrer dans leurs réflexions stratégiques les échelles spatiale et temporelle où se jouent les interactions entre l’homme et la biodiversité, l’importance de la nature et les bénéfices qu’elle produit pour l’humanité. Les ingénieurs seront invités à prendre plus systématiquement en compte les conséquences biologiques de certaines options technologiques et apprendront à imiter les inventions de la nature. La recherche sur la biodiversité, la recherche biomédicale et les actions de santé publique seront intégrées. Plus généralement, chacun, à son échelle d’action propre, comprendra que sa place dans l’univers procède d’une dynamique du vivant dont il bénéficie et dont il est, à sa mesure, responsable.